-- FR --

Built with Indexhibit by HMplus.
Copyright Floy Krouchi 2016

Texts and research


Des années de soleils, d’oubli et de murmures conservés entiers et tremblants, dans la mémoire de ce qui s’écrit à l’envers de vivre, en direction du cœur qui bat. La voix de la mère. Le père repose dans un dernier lieu, dans les premiers mots de la langue, le film fait figure de ruban d’écriture. Il préfigure la pose des inconnus, des aimés, des retrouvés perdus.

Plusieurs générations, serrées, confondues, embrassées mystifient le récit, nous invitent à décoder de nouveaux signes, évidents ou inattendus, révélés par le passage du temps et la fragilité des territoires.
L’histoire s’aligne et dessine les contours d’une patrie. Emergence incertaine, massive, vulnérable, bouleversante, bourgeon d’acier. Un travail de dévoilement indéfectible.
La narration stimule un hasard du blanc qui perfore la camera, nous sommes face à la plasticité d’un paysage intérieur – au cœur de l’étrangeté –,  son souffle. Ces blancs qui sont au fond les trous noirs aléatoires, indéterminés, indifférents à la ponctuation, aux cases, à la grammaire, meublent la parole, le pays à construire.
La composition se rallie intuitivement à des stratégies de rupture désaliénante qui déconstruisent le montage chronologique au profit d’une épaisseur subjective aux accents de confidence.

Des inventions de soi illimitées se succèdent et se souviennent les unes des autres, dans un monde effondré et neuf. Une multitude de parcours réunis, séparés.

Nous sommes face à des photographies dont la notoriété est sans appel, nous avons tous, dans les tiroirs de l’été, un lot de ces suppléments à la mémoire, et qui nous envahissent et qui nous délestent, suppléant à tout. Chacun y reconnaît son vert paradis. Chacun y pleure en secret la demeure d’un jour.

Quelle est cette maison, ces couloirs de passage, ces mers sans décor ? Les corps seuls parlent, timides, imposants, absorbés. Une voix est là qui se couche contre un siècle. Qui parle ? Qui regarde ? Qui racontera ? Qui consignera l’instant ? Quelle place à l’oubli, à son rayon d’action, à son pesant d’ombre ?
Des fragments d’une autre vie reposent tout, renomment les sentiments.
Voici le négatif en miroir : ces hommes et ces femmes comme un papier sensible, espérant l’éternité, voués à l’éphémère. Ce peu de femmes dont quelques traces du siècle dernier en disent long, disent le manque de preuves.
De quelle mémoire la pratique numérique allait-elle tenir lieu ?

L’œuvre, encore une fois, a rattrapé la vie. L’inversion de l’ordre des rives, des séries, des temporalités appelle à revenir en feuilletant, à déplacer les séquences, à croiser les sens. Il se profile comme une logique de diagonale. Selon des plans qui se distinguent en relief, des lignes de forces se révèlent appartenir aux lois de la diachronie : ce que nous croyons voir en regardant, à la différence de ce qui se passe avec toute autre « image », l’histoire ici ne précède pas le récit. C’est une volte, un événement topographique, un édifice.
Les objets s’inversent, les époques se pénètrent. Il faut refaire sans cesse, contenir le désespoir. Et l’intensité d’une liberté, son ampleur, l’irrésistible marche vers la dignité.

Ils ont envie de partir. Ils ont envie de rester. Où sommes-nous ? Les repères se chevauchent, les références se réorganisent. Il n’y a d’autre logique que celle, effrayante, enivrante, de l’immanence.
L’écriture numérique range les lieux. Plus rien ne compte des signes spécifiques d’une époque, de l’année plus ou moins certaine, des efforts à restituer les murmures et les rafales de voix, à formuler – défaire et ajuster – ce que nous sommes ou devons être incessamment

http://www.floykrouchi.org/english/files/gimgs/th-40_27_livret-de-famille.jpg